Née et ancrée à Saint-Marcellin, la société Le Dauphin est réputée dans le monde entier pour ses luminaires haut de gamme, gage d'un certain savoir-faire artisanal français.
Une pomme de cristal sertie dans son cadre d'argent surmonté d'un abat-jour aux parfaites proportions ; une boule de céramique entaillée de rouge et vert, chapeautée d'un élégant cône ivoire… Ces deux lampes, qui figurent depuis plusieurs années dans le « top » des meilleures ventes, pourraient symboliser un peu la signature du Dauphin : un mélange de classicisme et de modernité qui fait la notoriété de la marque depuis maintenant plus de 40 ans.
Créée en 1966 par Maurice Tournu, natif du pays de Saint-Marcellin, la petite fabrique d'abat-jour, rapidement diversifiée dans les luminaires, n'a pas tardé à connaître le succès. Une première usine est construite en 1970. A son apogée, dans les années 1980, plus de 250 salariés y travaillent : la marque est devenue une référence nationale et même internationale sur le marché de l'éclairage, les nouveaux modèles imaginés par son bureau de style étant toujours très attendus au salon « Objet et décoration » à Paris — l'événement qui dicte les tendances en la matière.
Depuis, Le Dauphin a dû affronter la crise du marché, l'arrivée de nouveaux concurrents venus d'Inde ou de Chine... La PME iséroise, passée dans le giron de différents groupes anglo-saxons au cours de la décennie 1990, a même bien failli disparaître et a dû déposer le bilan en 2003 avant d'être reprise in extremis par un investisseur français. Aujourd'hui, la marque n'a rien perdu de sa force ni de sa créativité : chaque année, une centaine de nouvelles lampes renouvellent son catalogue, riche de 500 références différentes.
Si la céramique reste une valeur sûre — depuis 1990, Le Dauphin s'est doté de son propre atelier en reprenant la fabrique de Jean Austruy, autre enfant du pays —, de nouveaux matériaux comme le cuir, le bois et le verre sont apparus. Chaque année, plus de 50 000 lampes sortent ainsi de ses ateliers de Saint-Marcellin ou de la filiale chinoise du groupe à Shanghai, où sont produits notamment les luminaires en cristal : "Ces lignes seraient inabordables si elles étaient fabriquées en Europe, explique le président de la société, Olivier Maincourt. Mais tous nos modèles sont entièrement conçus ici. en Isère. Nous défendons un savoir-faire français peu transférable."
Pour renouer avec les bénéfices, à défaut de pouvoir jouer sur les volumes, Le Dauphin a dû monter en gamme avec un prix moyen qui se situe autour de 200 à 300 euros. Les luminaires en pâtes de verre (commercialisés sous la marque Gallery) peuvent même atteindre jusqu'à 1500 euros en magasin, et sont numérotés. Vendue essentiellement en France dans des boutiques spécialisées, la moitié de la production part à l'export vers la Scandinavie, l'Allemagne, l'Autriche, mais aussi le Japon, la Russie, l'Ukraine ou encore l'Australie.
Sans oublier le magasin d'usine de Saint-Marcellin : la braderie aoûtienne où sont cédées les collections des années précédentes attire des amateurs venus de tout le pays !
Caroline Falque-Vert